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Une nouvelle publication à laquelle la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC) apporte son soutien : Vers un nouveau monde atlantique. Les traités de Paris, 1763-1783 sous la direction de Laurent Veyssière, Philippe Joutard et Didier Poton (Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016)

Par Gilles Durand

Vers un nouveau monde atlantique. Les traités de Paris, 1763-1783

La publication Vers un nouveau monde atlantique découle d'un colloque organisé en novembre 2013 par la CFQLMC pour commémorer le 250e anniversaire du 1er traité de Paris signé par la France et l'Angleterre le 10 février 1763. Elle répond à la mission de la Commission, mise sur pied en décembre 1996, pour susciter, enrichir et faire connaître une mémoire commune franco-québécoise. Elle trouve une justification supplémentaire dans le 21e et avant-dernier chapitre de l'ouvrage (Bouthillier et Guillorel, p. 231-258) qui conclut que les conflits coloniaux franco-anglais se ramènent à bien peu dans la tradition chantée francophone d'Amérique. Nul doute qu'un rappel de l'histoire de la période dont fait partie le traité de 1763 contribuera à la constitution d'une mémoire collective commune à la France et au Québec, comme en soulignent toute l'importance en préface (9-12) les deux coprésidents de la CFQLMC, Gilbert Pilleul et Denis Racine.


Vers un nouveau monde atlantique : une somme d'expertises
Le présent ouvrage couvre les deux traités de Paris, celui de 1763 et celui de 1783, de même que la période intermédiaire – non sans déborder en amont et en aval – qui les relie. Vingt-deux spécialistes prennent la plume pour nous entretenir de ces années cruciales au cours desquelles la France cède sa colonie en Amérique du Nord à la Grande-Bretagne et, en guise de revanche, reconnaît la Déclaration d'indépendance des Treize Colonies britanniques. Les 22 chapitres, qui en résultent, constituent une somme de connaissances, tant au niveau diplomatique et militaire que politique, économique, social et religieux. Il revient à Philippe Joutard de faire ressortir, en conclusion, l'intérêt de la contribution de chaque auteur, qui nous amène bien souvent à de nouvelles découvertes.

Quelques idées maîtresses qui se dégagent de la publication
Une période de 20 années qui n'amène pas de changements majeurs par rapport à ce qu'était la Nouvelle-France

Exception faite du changement de métropole, la cession du Canada à la Grande-Bretagne à la suite de la guerre de Sept Ans par le 1er traité de Paris n'apporte pas de bouleversements notables dans la vallée du Saint-Laurent au cours des années 1763-1783. « …La Province of Quebec qui émerge de la reconstruction post-conquête, fortifiée par l'Acte de Québec de 1774, représente essentiellement le résultat de la simple et rapide récupération des acquis de la période française », d'écrire Alain Laberge (p. 75). De même, au niveau démographique, Marcel Fournier confirme par ses recherches que les Canadiens demeurent très fortement majoritaires malgré les départs et l'arrivée d'un petit nombre de nouveaux venus au cours de ces vingt années (p. 123-135).

La cession du Canada à la Grande-Bretagne représente-t-elle un désintérêt de l'ancienne mère patrie pour sa colonie?
Dans un essai d'histoire contrefactuelle, Jean-Pierre Poussou pose la question et répond à la suite d'un examen approfondi de la situation. Les historiens, affirme-t-il, ont trop insisté sur la disproportion existant entre les populations de la Nouvelle-France et celle des Treize Colonies américaines. Compte tenu de l'absence de déséquilibre entre les forces françaises et britanniques en présence en septembre 1759, l'historien insiste sur l'impact très négatif de la trop grande précipitation de Montcalm sur les plaines d'Abraham le 13 septembre 1759, et de la reddition de la ville de Québec par Ramezay le 18 septembre suivant. « Un succès français dans la vallée du Saint-Laurent, écrit-il, aurait incontestablement modifié – au moins à court et moyen terme – la position adoptée lors des négociations de paix à partir de 1761 (p. 55) ».

Les conflits franco-anglais se poursuivent entre les deux traités de Paris
La France ne désarme pas après 1763, entrainant avec elle dans le conflit la couronne d'Espagne. Animée par un désir de revanche contre la Grande-Bretagne, elle consolide son armée et lui donne des bases plus solides tant au niveau de la stratégie, de l'esprit de corps et de la discipline que de l'équipement. Les conflits se poursuivent dans les Antilles et sur la côte nord-ouest de l'Afrique. En Amérique, elle soutient militairement les Treize Colonies qui déclarent leur indépendance en 1776. La paix revient avec la signature du 2e traité de Paris, signé le 3 septembre 1783, qui reconnaît l'indépendance des Treize et établit leurs frontières – un complément au traité, signé le même jour, confirme les droits de la France aux îles Saint-Pierre et Miquelon, aux Antilles, au Sénégal, à l'île de Gorée, de même que sur les côtes de Terre-Neuve.

Les Treize Colonies américaines sortent les grandes gagnantes de la période 1763-1783
Le traité de Paris de 1783 reconnaît l'indépendance des Treize Colonies et trace les frontières du nouvel État : au nord les Grands Lacs (excluant le Michigan en territoire américain), à l'ouest le Mississippi, au sud une ligne tirée au milieu de la rivière d'Iberville et des lacs Maurepas et Pontchartrain jusqu'à la mer » (Vaugeois, p. 227), excluant la Nouvelle-Orléans. Même si le Mississippi peut être utilisé librement dans toute sa longueur jusqu'au golfe du Mexique, les États-Unis ont besoin d'un point de transbordement à la hauteur de la Nouvelle-Orléans. Aussi interviennent-ils pour acheter la ville de La Nouvelle-Orléans. Contre toute attente, Napoléon 1er leur offre en 1803 tout l'espace à l'ouest du Mississippi jusqu'à l'océan Pacifique, donnant alors au territoire américain ses limites actuelles.

Les populations autochtones ne sont pas invitées à participer aux traités
Les populations autochtones ne sont pas parties prenantes aux traités. Les signataires décident eux-mêmes du mode d'acquisition de leur terre. Les autochtones réagissent par un soulèvement dirigé par leur chef Pontiac, mais la paix doit finalement être acceptée (Beaulieu, p. 113-122).
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