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Auberge Place d'Armes

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Colloque le général de Gaulle, le Québec et la coopération franco-québécoise
Allocution de Denis Racine coprésident de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs

Charles de Gaulle était un personnage profondément habité par l'Histoire en général et l'Histoire de France et ses lieux de mémoire en particulier.

LA COMMISSION
Mon collègue, Gilbert Pilleul, a rappelé le contexte de la fondation de la Commission, il y a vingt ans. Elle est l'un des jeunes rejetons de la visite du général en 1967 et de la politique qu'il a mise en place.

Partant, il paraît naturel, sans doute que les étoiles étaient bien alignées, qu'elle ait été fondée côté québécois, par le jeune ministre chargé d'organiser la visite du général en 1967 et côté français, par celui qui était Consul général de France lors du référendum de 1980 : les regrettés Marcel Masse et Henri Réthoré.

Depuis sa fondation, la Commission a répertorié et commémoré plusieurs lieux de mémoire de notre histoire commune, ceux-ci comprenant tant des lieux physiques, que des personnages, des évènements ou des éléments de patrimoine immatériel.

Ainsi, ces commémorations ont porté notamment sur :

  • Le 150e anniversaire du voyage de La Capricieuse (2004);
  • Le 150e anniversaire du Consulat général de France à Québec (2009);
  • Le 350e anniversaire du départ de France et de l'arrivée en Nouvelle-France des Filles du Roy, les Mères de la Nation Québécoise (2013);
  • Le 50e anniversaire du décès d'Édith Piaf (2013);
  • Le 100e anniversaire de la Grande Guerre (2014);
  • Le 25e anniversaire du décès de Félix Leclerc (2014);
  • Le 475e anniversaire de l'Édit de Villers-Cotterêts (2014);
  • Le 350e anniversaire de l'arrivée en Nouvelle-France du Régiment de Carignan-Salières (2015);
  • Le 300e anniversaire de la mort de Louis XIV (2015);
  • Le 400e anniversaire de l'arrivée en Nouvelle-France de la première famille française : Louis Hébert, Marie Rollet et leurs trois enfants (2017);
  • Le 50e anniversaire du voyage du général de Gaulle (2017).

La fondation de la Commission était également à l'image de la politique du général, ambitieuse, car même avec des moyens modestes, elle est le seul organisme permanent au Québec dont le mandat est axé principalement sur la commémoration. Les États généraux sur les commémorations, tenus à Montréal en 2016, ont démontré éloquemment la nécessité que le Québec se dote d'une Politique officielle de la commémoration.

La Commission a également répertorié nos lieux de mémoire communs.

De 2006 à 2014, grâce au travail titanesque de Jeannine Giraud-Héraud et de sa nombreuse équipe de bénévoles, nous avons publié la collection « Ces villes et villages de France, berceau de l'Amérique française » en douze volumes dans lesquels les pionniers de la Nouvelle-France sont identifiés avec leur village d'origine. Ces travaux ont donné naissance à l'élaboration de Circuits mémoriels du Québec dans les villes de La Rochelle (2015) et Bordeaux (2017).

Nous poursuivons nos efforts afin de doter dans un proche avenir, de tels circuits, les villes de Tours, Rochefort et Niort. Poitiers, Saintes, Angoulême, Dieppe et Rouen sont aussi dans notre mire. Côté québécois, des projets sont en cours d'élaboration dans les régions de Portneuf et de Charlevoix.

La Commission est un organisme scientifique. Elle a collaboré ou financé plusieurs publications, dont :

  • Les textes marquants de la coopération franco-québécoise;
  • Les 150 ans du Consulat général de France à Québec;
  • Les premiers Montréalistes;
  • Vers un monde atlantique nouveau.


PERSPECTIVES
De Gaulle a dit qu'avec son voyage et ses prises de position, il ferait avancer le Québec de dix ans. Il n'avait pas tort, car neuf ans plus tard, le Parti Québécois, qui n'existait pas en 1967, prenait le pouvoir et mettait en route le mécanisme devant nous conduire aux référendums de 1980 et de 1995.

Mais il y a plus. L'appui de la France et du gouvernement de Gaulle et de ceux qui, mentionnons-le, lui ont succédé, a donné l'appui et l'essor nécessaire pour l'affirmation du Québec sur la scène internationale. La création de ce qui est devenu la Délégation générale du Québec à Paris et par la suite, la multiplication de ces représentations dans plusieurs pays en est la plus brillante illustration. Tant au sein de l'Organisation internationale de la francophonie qu'à l'UNESCO,  le Québec joue un rôle important.

Ce n'est sans doute pas un hasard si en 1966, on inaugurait le métro de Montréal, construit grâce à un appui technique important d'ingénieurs français et qu'aujourd'hui en France, en prenant le métro, le RER ou le train, on roule dans des wagons fabriqués par Bombardier.

L'action du général de Gaulle a transformé la vie des Québécois et des Québécoises.

On célèbrera en 2018 le 50e anniversaire de l'Office franco-québécois sur la jeunesse qui a permis à plus de 150 000 jeunes québécois de venir en France afin de la voir à l'œuvre et mieux la connaître.

Les Associations Québec-France et France-Québec, avec qui la Commission collabore fréquemment, ont su tisser un réseau important en matière de relation citoyenne.

De nombreux programmes de coopération dans les domaines scientifiques et commerciaux ont été mis en place et sont actualisés régulièrement lors des visites alternées de nos premiers ministres.

Aujourd'hui, c'est plus de 800 000 québécois et français qui traversent chaque année l'Atlantique.

Même notre alimentation en a été transformée. Nous connaissions bien sûr les vins français, ses fromages et son foie gras. Qui eut cru que cinquante ans plus, le Québec allait produire aussi des vins, des fromages et du foie gras de bonne réputation.

Mais il y a aussi des nuages qui se sont formés sur cette relation si particulière voulue par le général.

Si la France a été sans conteste l'un des instruments d'émancipation du Québec et de sa jeunesse, elle fait de moins en moins rêver cette dernière. Le nombre d'étudiants québécois en France en est l'illustration. En contrepartie, nous sentons bien que le Québec peuple l'imaginaire des jeunes Français. Ils sont plus de 12 000 inscrits dans nos universités.

À titre d'exemple, avec un taux de chômage de 4,5 % dans la région de Québec, celle-ci a besoin de main-d'œuvre. Malgré les obstacles, il serait naturel que de nombreux jeunes Français viennent s'y établir. Déjà la communauté française à Montréal est composée de 100 000 personnes et à Québec, de 30 000 personnes.

Mais à travers tout cela, on a de plus en plus tendance à oublier que ce qui fait le socle de cette relation si étroite, si particulière et si féconde, est notre histoire commune.

Bien sûr, on l'évoque dans chacun des discours officiels lors des rencontres. Mais dans les faits, on sent bien un désintérêt lorsqu'arrive le moment d'aligner « les bottines avec les babines ».

Les difficultés de l'Association Québec-France, autrefois appuyée par un financement croisé provenant de France, l'illustrent alors qu'elle est maintenant laissée à son sort.

Du côté de la Commission, il y a non seulement la faiblesse du financement, mais aussi, le désintérêt du Consulat général de France qui n'a pas été représenté à aucune activité de la Commission depuis au moins 2012.

Bref, je suis d'avis que dans de nombreux secteurs, la relation franco-québécoise a besoin d'une refondation qui la mette au goût du jour, sans oublier ce qui a fait sa force depuis bien avant le voyage du général, son histoire commune.

Oui, la France fait encore rêver. La France, ce n'est pas seulement Ariane ou le TGV, mais aussi un art de vivre fondé sur une tradition millénaire qui la distingue de la culture américaine dominante. Et c'est le pays de nos ancêtres qui ont fondé de l'autre côté de l'Atlantique, une société originale. Ses pionniers ont notamment découvert une grande partie du continent nord-américain et apporté une contribution originale qui distingue le Canada qui ne serait autrement qu'une colonie britannique maintenant presqu'entièrement américanisée.
 
En terminant, j'ajoute que le général De Gaulle n'est pas seulement un personnage de l'histoire de France. Il la dépasse largement et il appartient à l'humanité toute entière. Ce n'est pas pour rien, que malgré sa volonté testamentaire de ne pas lui ériger de statues, il en existe au moins trois en dehors de France, à Varsovie, à Baïkonour et à Québec.
 
PARIS, 13 OCTOBRE 2017.

champlain vague