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Colloque 1918-1919 : Défis et enjeux de l'après-guerre au Québec

En marge du 20e congrès commun du
Réseau Québec-France (RQF) et de la Fédération France-Québec (FFQ) / francophonie
Regards sur les relations d’amitié franco-québécoises
Ouverture sur le monde francophone

Par Gilles Durand (CFQLMC)

Du 5 au 8 octobre 2018, au Centre des congrès de Québec, fut tenu le 20e congrès commun du RQF, présidé par André P. Robert, et de la FFQ, présidée par Dominique Rousseau. Placée sous la responsabilité d’un comité organisateur de 15 personnes, présidé par André Poulin, largement supportée par l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), la rencontre fut une occasion privilégiée de faire le point sur les relations franco-québécoises avec une attention particulière pour la francophonie nord-américaine.

Compte tenu de son mandat centré sur les fondements de la relation franco-québécoise, la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC) s’est impliquée dans ce rassemblement de 320 participants : soit au niveau de l’organisation, soit comme secrétaire, animateur ou panélistes des ateliers tenus. Le lecteur trouvera dans le présent document un bilan à partir d’observations notées par le reporteur de la CFQLMC, Gilles Durand. Celui-ci fait ressortir les points les plus susceptibles d’inspirer les acteurs des lieux de mémoire, tenant compte qu’un rapport plus détaillé sur le congrès sera préparé par le RQF et la FFQ à l’intention de leurs membres.

Conférence d’ouverture

Dany Laferrière
Dany Laferrière – Photo CFQLMC Gilles Durand

La conférence d’ouverture fut prononcée par Dany Laferrière, écrivain de grande renommée, membre de l’Académie française, président d’honneur de la Fondation de la langue française, un organisme de promotion de la langue. Le message qu’il livre se veut le porte-étendard de la langue française : celle-ci constitue le fondement de notre identité; comme véhicule de communication avec nos semblables, elle permet de mieux se connaître et de s’apprécier; c’est elle qui rassemble. Pour jouer pleinement son rôle dans la francophonie, pour que les mots dont elle est porteuse demeurent vivants et, par là, conservent pleinement « leur sens », « leur esprit » et leur richesse, la langue doit faire partie de notre quotidien, elle doit avoir la primauté dans l’espace public.

Atelier Littérature francophone

De g. à d. Christiane Vadnais, animatrice, Diane Caron, secrétaire, François-Henri Désérable, Martine Noël-Maw et Sébastien Fréchette
De g. à d. Christiane Vadnais, animatrice, Diane Caron, secrétaire, François-Henri Désérable, Martine Noël-Maw et Sébastien Fréchette
Photo CFQLMC Gilles Durand

Les panélistes étaient Sébastien Fréchette, auteur québécois, lauréat Prix littéraire France-Québec, François-Henri Désérable, auteur français, finaliste Prix littéraire Québec-France Marie-Claire Blais, Virginia Pésémapeo-Bordeleau, auteure métisse crie du Québec, et Martine Noël-Maw, auteure de la Saskatchewan.

Un constat se dégage : la littérature francophone se porte bien dans son ensemble. François-Henri Désérable, auteur français, fait preuve d’optimisme, rappelant une expression déjà employée, à savoir « La littérature triomphe, survit, est increvable ». Des nuances doivent être apportées cependant pour la littérature autochtone dû au fait, entre autres, qu’elle doit passer par une traduction à partir de la langue vernaculaire.

Les défis à surmonter sont surtout les exigences du métier et la pénétration du marché, le français surtout. L’écriture est exigeante, elle demande ascèse et solitude, d’affirmer les auteurs Désérable et Fréchette. Par contre, une fois l’œuvre produite, la rencontre avec son public lecteur devient très gratifiante. Pour élargir celui-ci, différentes avenues sont proposées : par exemple la fréquentation de salons du livre; la visite des étudiants et des professeurs dans les écoles, d’autant plus porteuse que les œuvres sont mises aux programmes, et surtout les rapports avec les libraires et les éditeurs, français surtout, en raison de l’importance du marché dans l’Hexagone. Les auteurs Désérable et Fréchette soulignent aussi que les émissions radiophoniques et télévisuelles, celles qui dépassent une approche purement promotionnelle, occupent une place plus grande que la presse écrite, telles l’émission télévisuelle TV 5 La Grande Librairie et l’émission radiophonique France Inter La Librairie francophone.

Un consensus se dégage sur l’importance des prix littéraires FFQ et RQF Marie-Claire Blais. Ces prix donnent de la notoriété aux auteurs, contribuent à les faire connaître des libraires français et québécois et permettent par là une plus grande diffusion de leurs oeuvres. Par le biais de tournées promotionnelles en France et au Québec, ils donnent lieu à des rencontres avec la clientèle des lecteurs, leurs commentaires pouvant devenir la récompense ultime de l’auteur.

Atelier Tourisme culturel

De g. à d. Debout Robert Trudel, animateur, Denis Racine, Marc Martin et Denis Desgagné
De g. à d. Debout Robert Trudel, animateur, Denis Racine, Marc Martin et Denis Desgagné
Photo CFQLMC Gilles Durand

Le comité organisateur fit appel à trois panélistes, dont deux représentants de la CFQLMC, Denis Racine comme coprésident, et Marc Martin comme secrétaire général, section française. Le troisième, Denis Desgagné, agit comme président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques.

Guides et dépliants touristiques

Racine et Martin présentent la création de routes, chemins et itinéraires mémoriels comme l’un des enjeux et des préoccupations majeurs de la CFQLMC, tant dans l’Hexagone que de ce côté-ci de l’Atlantique. Les itinéraires touristiques prennent appui sur les repères dont ils sont jalonnés, églises, bâtiments administratifs, résidences privées, plaques, monuments, etc., témoignant de l’aventure commune des Français et des Québécois. Pour leur production, soit la préparation de cartes, volumes, dépliants, la CFQLMC s’appuie sur les organismes du milieu, par exemple la FFQ et le RQF, les milieux municipal, universitaire, etc.

À date, les résultats sont très positifs du côté français : douze guides de visite, volumes pouvant atteindre 300 pages et couvrant tout le territoire français, ont été préparés par les régionales de la FFQ sous la direction de la regrettée Janine Giraud-Héraud. Ces ouvrages, intitulés Ces villes et villages de France, …berceau de l’Amérique française, renferment les municipalités de départ des pionniers français vers l’Amérique du Nord avec une brève description de celles-ci de même que les noms et une brève biographie de ceux qui ont quitté. Pour les villes de La Rochelle et Bordeaux, des itinéraires sous forme de dépliants ont été lancés récemment; d’autres sont à venir prochainement. Le Québec n’est pas non plus en manque de guides : par exemple la CFQLMC a soutenu la préparation d’un itinéraire Trois-Rivières – Neuville déposé sur son site Internet.

Plaques commémoratives

La CFQLMC a également en main un programme pour apposer des plaques commémoratives tant en France que de ce côté-ci de l’Atlantique. Les plaques peuvent servir à plusieurs fins, par exemple à identifier le lieu du baptême d’un ancêtre parti pour l’Amérique, à rappeler le 350e anniversaire de la naissance de Michel Sarrazin, etc. Pour ceux qui seraient intéressés par l’apposition d’une plaque souvenir, M. Racine s’offre à jouer le rôle de commis voyageur.

Expositions, colloques

La CFQLMC prépare aussi des expositions, par exemple celle sur Louis Hébert et Marie Rollet, mise en montre dans la salle d’entrée de l’espace consacré à la tenue du congrès. Pour transmettre au public toute la signification des lieux de mémoire, elle prépare également des colloques, tel celui consacré au fondateur de la Nouvelle-Orléans, Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, le samedi 25 août 2018, à la Ville de Longueuil, organisé en partenariat.

Centre de la francophonie des Amériques

Desgagné prend la parole pour entretenir l’auditoire du fait français sur le continent américain et même au-delà. Le champ est vaste, les premiers Français ont essaimé partout. Le continent est parsemé de communautés francophones et francophiles qui donnent de l’étoffe à la langue et à la culture françaises et, par là, à la francophonie dans son ensemble. Le Centre veut faire prendre conscience à l’ensemble de ces communautés, minoritaires dans leur milieu et isolées, de l’intérêt des ancrages historiques et culturels qu’elles possèdent. Il tente de les « séduire », pour reprendre un mot de M. Desgagné, par la découverte de la valeur du patrimoine qu’elles côtoient quotidiennement. L’étape de la séduction sera suivie par le réseautage à l’échelle continentale, un réseautage solide, capable de faire naître et mettre en marche des projets communs, de susciter de la fierté et de porter haut l’étendard de la langue et de la culture françaises. Pour accomplir sa mission, le Centre travaille en partenariat avec le milieu, en particulier avec le Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique. Cet organisme poursuit actuellement un projet de création de route touristique sur le continent nord-américain. Le Centre et le Réseau ont élaboré des guides et des procédures pour rejoindre les francophones d’Amérique. M. Desgagné invite les auditeurs à consulter ces instruments de travail sur Internet.

Personnes-ressources

Les interventions des panélistes ont amené des auditeurs, tel William Biard (Bordeaux) à déplorer le manque d’information quant aux personnes-ressources. Les participants au panel ont souhaité la désignation dans les organismes d’un répondant qui pourrait jouer le rôle de conseiller, à qui l’on pourrait s’adresser pour obtenir de l’information sur les procédures et les méthodes à suivre pour la préparation d’itinéraires et de chemins de mémoire et, d’un façon générale, pour la mise en valeur du patrimoine.

Atelier Développement du réseau

De g. à d. Suzette Drapeau, Paul Lacasse, animateur, Dominique Rousseau, Diane Paquin, secrétaire
De g. à d. Suzette Drapeau, Paul Lacasse, animateur, Dominique Rousseau, Diane Paquin, secrétaire
Photo CFQLMC Gilles Durand

Les panélistes étaient Suzette Drapeau, de AQF Côtes-de-Gaspé et Dominique Rousseau, président de la FFQ

État de la situation depuis 2015

Face aux coupures budgétaires, la Fédération et le Réseau ont dû se restructurer. Côté français, l’Association France-Québec et ses régionales sont devenues une Fédération ouverte sur la francophonie. Côté québécois, l’Association Québec-France est devenue un Réseau d’associations autonomes. Les nouvelles structures permettent d’aller de l’avant, mais avec une surcharge de travail pour les régionales. Celles-ci doivent se partager la gestion de programmes nationaux auparavant gérés au central.

Recrutement et rétention des membres, recherche de partenariats

La Fédération et le Réseau sont aux prises avec une diminution du nombre de leurs régionales et de leurs membres. La clientèle vieillit. Les régionales du RQF sont passées de 19 à 15 maintenant.

Jean L. Lefebvre, AQF Québec, fait ressortir l’intérêt d’associer le milieu scolaire, enseignants et directeurs d’école. C’est une approche gagnant-gagnant : par exemple, « une compagnie d’assurances a mis sur pied une fondation pour récompenser les élèves les plus méritants », sans compter l’adhésion des parents à la régionale. William Biard (Bordeaux) va dans le même sens : « nous avons commencé avec un minimum d’écoles et maintenant ce sont d’autres écoles qui viennent nous voir pour mettre leurs ressources à notre disposition ».

Dans le cas de partenariat avec un organisme paragouvernemental, il y a danger, fait remarquer M. Rousseau, que celui-ci cherche à mettre de côté la Fédération lorsque les missions sont semblables, tout en reconnaissant des prises de décisions à un niveau politique supérieur. Il en va de même lorsqu’un organisme travaille avec une régionale de la Fédération sans en informer cette dernière. En étant informée, la Fédération pourrait apporter du soutien.

Édith André (Auvergne) propose un moyen original d’augmenter le nombre d’adhérents : établir des partenariats avec les confréries, associations dont la mission consiste à faire la promotion des produits du terroir. Elle propose un programme destiné à permettre aux confréries d’adhérer à la FFQ.

D’autres moyens sont proposés pour augmenter les adhésions : renouvellement des cartes de membres à compter du 1er octobre, les prises de décision étant plus faciles en cette période de l’année qu’au début de janvier (Jacques Landry, AQF Montérégie); établir des contacts avec les politiciens, ceux-ci constituant un canal privilégié pour avoir accès aux médias (Denis Barbeau, RQF Montérégie); mise sur pied d’un bureau des gouverneurs de 12 personnes, afin que la Fédération et le Réseau puissent obtenir leurs propres fonds, par le biais de leur porte-parole, lors d’une campagne de financement (Jean L. Lefebvre); passer par une plate-forme de financement (Dominique Rousseau); rechercher de nouvelles adhésions dans la francophonie par le canal de l’Union française (Guy Ménard, AQF Laval).

Révision des programmes et voies d’avenir

La FFQ opère plusieurs programmes. Un nouveau a été ajouté, Remparts, permettant à des stagiaires de s’impliquer dans la restauration du patrimoine.

Jean L. Lefebvre propose de donner « plus de prestige et de visibilité » aux prix littéraires France-Québec et Québec-France Marie-Claire Blais. Le monde municipal et l’Union des municipalités pourraient contribuer financièrement.

Dominique Rousseau encourage à multiplier les jumelages entre municipalités de part et d’autre de l’Atlantique, et les pactes d’amitié entre les régionales de la Fédération et du Réseau. « Il importe de démarcher les municipalités; il faut faire et ne pas attendre » dit-il. Il rappelle que les changements de maires et de conseillers peuvent mettre fin en pratique aux ententes. La gestion des ententes par un comité de citoyens donne une permanence à celles-ci. Pour le Périgord, il fait remarquer que les jumelages sont très féconds, les niveaux national et régional de la FFQ étant en mesure de proposer aux municipalités jumelées des programmes déjà préparés.

Allocution de clôture du 20e congrès par le maire de Québec, Régis Labeaume

L’allocution de clôture fut prononcée par le maire de la ville de Québec, Régis Labeaume. Il fit un vibrant plaidoyer en faveur de la langue et de la culture françaises comme force capable de cimenter la francophonie.

Comme principal pôle de développement du fait français en Amérique du Nord, le Québec doit poursuivre ses efforts pour faire du français la langue publique commune. « Le français, de dire le maire, doit demeurer la langue principale de travail. L’accueil des clients dans les commerces doit d’abord se faire en français et non avec le fameux « Bonjour/Hi» qui met systématiquement les deux langues sur un pied d’égalité. Sinon, comment voulez-vous qu’on envoie un signal fort aux nouveaux arrivants, dans un tel contexte? On leur donne implicitement le choix de ne pas s’intégrer à la majorité au Québec et privilégier plutôt celle du continent. » Les gouvernements doivent faire davantage pour protéger la langue française, par ailleurs « rien ne s’opposant à l’apprentissage de plusieurs langues » au niveau individuel.

Comme unique espace où la langue et la culture françaises sont en milieu majoritaire sur le continent nord-américain, le Québec a besoin d’appui supplémentaire, la francophonie entre autres. Celle-ci doit devenir une force rassembleuse, capable de souder les communautés francophones isolées autour de la fierté d’une langue et d’un patrimoine culturel communs, et de susciter des projets en lien avec l’ère du numérique. À cette fin, la Ville de Québec a fondé le Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique, s’étendant de l’Acadie à la Louisiane. Le nouvel organisme met actuellement en place une route touristique devant traverser le territoire du Réseau. Le tracé, jalonné par des éléments patrimoniaux, a pour but de faire prendre conscience de leurs richesses aux voyageurs et de donner plus de visibilité à la francophonie.

Si la francophonie nord-américaine est une source d’appui pour la vitalité de la langue et de la culture françaises, de même que d’épanouissement pour celles-ci, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en est une autre. C’est pourquoi l’OIF doit faire montre de plus de vision et cesser de se cantonner au-delà de l’Atlantique. Elle doit traverser l’océan et proposer des projets nouveaux aux communautés d’ici qui en font partie.

champlain vague