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Colloque 1918-1919 : Défis et enjeux de l'après-guerre au Québec

Le Monde Festival avec Le Devoir
Ensemble

Le vendredi 26 octobre 2018

Gilles Durand
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Le Festival Ensemble est une activité de débats organisée par le journal Le Monde, dont le directeur est Jérôme Fenoglio, en partenariat avec le journal Le Devoir, dont le directeur est Brian Myles.

Des équipes des deux journaux ont établi en collaboration la programmation de l’événement qui se tint le 26 octobre 2018 au Musée des beaux-arts de Montréal, à l’exception d’un panel ayant eu lieu à l’Université Concordia. Au menu, 11 thèmes faisant l’objet des préoccupations des Français et des Québécois, développés dans autant de panels par plus de trente-cinq spécialistes du sujet tant français que québécois. Un véritable succès si l’on considère que plus de 3 000 personnes répondirent à l’invitation.

Le lecteur trouvera un bref compte rendu des panels auxquels l’auteur du présent texte a assisté. Des informations plus complètes sont disponibles dans le cahier C, préparatif au Festival, paru dans Le Devoir des 20 et 21 octobre 2018, de même que dans les numéros des 27 et 29 octobre 2018.

Panel « Faut-il continuer à promouvoir une exception culturelle francophone? »

Participants : Christine St-Pierre, ex-ministre des Relations internationales et de la Francophonie
Louise Lantagne, présidente de la SODEC
Sidonie Dumas, directrice générale de Gaumont
Claudine Lepage, sénatrice des Français établis hors de la France
Animateur : Guillaume Bourgault-Côté, journaliste au Devoir

De g. à d. Guillaume Bourgault-Côté, Christine St-Pierre, Sidonie Dumas, Louise Lantagne et Claudine Lepage
De g. à d. Guillaume Bourgault-Côté, Christine St-Pierre, Sidonie Dumas, Louise Lantagne et Claudine Lepage
Photo : Gilles Durand, CFQLMC

Le problème se pose tant au Québec qu’en France, mais avec plus d’acuité dans le premier cas, les francophones étant minoritaires sur le continent nord-américain. Les participants ont unanimement répondu oui à la question.

La clause d’exception culturelle a été maintenue dans l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC – l’ancien ALENA) et englobe maintenant le secteur numérique (Voir l’éditorial de Brian Myles intitulé « Exception culturelle : un gain incertain » dans Le Devoir du 29 octobre 2018). Les biens culturels ne sont pas des marchandises d’échanges comme les produits agricoles et industriels. Autrement, le rouleau compresseur américain aurait vite raison d’eux.

Le Québec compte parmi ceux qui ont fait le plus de pression pour l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en 2005. À ce jour, de nombreux pays l’ont ratifiée, le Canada en premier. Les États-Unis, eux, ont toujours refusé de la faire. Alors que le Québec subventionne la production culturelle, nos voisins du sud laissent le milieu artistique compter « sur le mécénat et sur quelques crédits d’impôt » (Rapporté par Caroline Montpetit dans un texte intitulé « France et Québec : même combat? » paru dans le cahier C4 [préparatif au Festival] du Devoir des 20 et 21 octobre 2018). Une telle situation explique la menace de contestation par le gouvernement américain.

Pour l’ex-ministre des Relations internationales et de la Francophonie Christine St-Pierre, la langue et la culture françaises doivent être protégées parce qu’elles sont au fondement de notre identité et de notre spécificité menacées en Amérique du Nord : « Notre conception de la culture est « radicalement différente  » de celle des Américains [Le Québec et la France subventionnent la culture]… Pour les Américains, les produits culturels sont « des marchandises comme les autres » (Rapporté dans le cahier spécial C4 du Devoir des 20 et 21 octobre 2018, dans un texte intitulé « France et Québec : même combat », par Caroline Montpetit).

Pour la sénatrice Claudine Lepage, la clause d’exception culturelle est incontournable : « … Il s’agit de maintenir la diversité culturelle pour éviter l’uniformisation de la pensée, de la culture au sens le plus large… [non] un réflexe protectionniste, ni un repli identitaire, mais c’est au contraire affirmer que chaque culture est un patrimoine commun de l’humanité et qu’il convient de toutes les préserver » (Ibid. ).

Tout n’est pas encore complètement réglé, en particulier face au numérique. Par exemple, des plateformes de vidéos comme Netflix sont en mesure de proposer au public des contenus « orientés » par le biais d’algorithmes.

Panel « À quoi sert un musée? »

Participants : Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal
Jean-François Chougnet, président du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM)
Animateur : Michel Guerrin, journaliste au Monde

De g. à d. Michel Guerrin, Nathalie Bondil et Jean-François Chougnet
De g. à d. Michel Guerrin, Nathalie Bondil et Jean-François Chougnet
Photo : Gilles Durand, CFQLMC

Deux idées principales se dégagent des échanges entre les deux participants, Nathalie Bondil, et Jean-François Chougnet.

Pour eux, les fonctions traditionnelles du musée, acquisition, conservation, étude des œuvres, doivent se poursuivre, mais elles doivent garder le cap sur le monde d’aujourd’hui, être pertinentes face à celui-ci. Les collections doivent être enrichies à la lumière des changements survenant dans la société : arrivée de nouvelles populations qui la rendent moins homogène et introduisent de nouvelles façons de faire, montée de figures talentueuses nouvelles, de même que de nouvelles formes d’art qui peuvent s’exprimer par le cinéma, la haute couture, etc. Le conservateur doit tenir compte non seulement du médium mais aussi du talent de l’artiste. Il doit proposer à des publics de plus en plus diversifiés des œuvres mises en contexte selon une approche interdisciplinaire, dont il fait la relecture à partir des connaissances actuelles. Il doit travailler en partenariat pour les présenter. À l’heure du numérique, l’exposition de pièces originales a encore toute sa place au musée; celles-ci suscitent l’émotion du visiteur, le sentiment étant un compagnon inséparable de la connaissance.

Une ouverture proactive au public constitue un autre point fort qui se dégage des discussions. Le musée doit être vu comme un passeur. Il doit voir grand : s’adresser à un public diversifié, telles les minorités, les personnes du troisième âge, les personnes défavorisées, etc.; un public qui dépasse de beaucoup celui du quartier dans lequel l’institution est implantée, sans oublier ce qui l’entoure cependant. Les participants insistent sur les mots « rassembler » et « rassembleur ». Le conservateur doit éviter le communautarisme, établir des ponts avec les minorités tout comme avec les majorités, susciter la cohésion sociale de la société dont il relève.

Panel « Autochtones, histoire coloniale : comment composer avec l’héritage du passé »

Participants : Michèle Audette, ex-présidente de Femmes autochtones du Québec et militante autochtone
Benjamin Stora, historien et professeur à l’Université Paris 13
Stanley Vollant, chirurgien innu
Alice Zeniter, écrivaine et dramaturge
Animateur : Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir

De g. à d. Alice Zeniter, Benjamin Stora, Michèle Audette, Stanley Vollant et Jean-François Nadeau
De g. à d. Alice Zeniter, Benjamin Stora, Michèle Audette, Stanley Vollant et Jean-François Nadeau
Photo : Gilles Durand, CFQLMC

En l’absence de l’insuffisance des témoignages écrits, les panellistes s’entendent pour inviter à retourner aux sources originales. La mémoire peut suppléer aux lacunes, mais en même temps, il faut se méfier de ses limites. Le passage de la mémoire historique au récit officiel peut ne pas s’effectuer sans heurt.

L’écrivaine Alice Zeniter souligne l’importance de l’écriture : « La prérogative de se mettre en récit est un outil de domination très important. Une population privée de cela – comme l’ont été plusieurs sociétés parce qu’elles étaient de culture orale ou parce que privées d’alphabétisation – se trouve forcément dans une situation particulière. … L’écriture est une arme » ou, du moins, elle peut être un outil dans un combat » (rapporté dans le cahier C7 du Devoir des 20 et 21 octobre 2018, dans un texte intitulé « Les Autochtones, un passé colonial à revisiter », par Jean-François Nadeau.

Tout en se disant confiante quant à « l’avenir des peuples autochtones parce qu’« on utilise désormais une des armes les plus importantes pour lutter : l’éducation, [et que] la réappropriation culturelle a fait de grands pas » (Ibid.), la militante autochtone Michèle Audette ajoute qu’il est difficile de croire en la réconciliation.

Panel « Comment former les jeunes au monde qui vient? »

Participants : Normand Baillargeon, ex-professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM, philosophe et essayiste
Lise Bissonnette, ex-présidente du CA de l’UQAM, ex-p.-d.g. de BAnQ et ex-directrice du Devoir
Emmanuel Davidenkoff, journaliste et essayiste français
Michel Lussault, ex-président du Conseil supérieur des programmes en France
Animateur : Brian Myles, directeur du Devoir

De g. à d. Emmanuel Davidenkoff, Normand Baillargeon, Michel Lussault, Lise Bissonnette et Brian Myles
De g. à d. Emmanuel Davidenkoff, Normand Baillargeon, Michel Lussault, Lise Bissonnette et Brian Myles
Photo : Gilles Durand, CFQLMC

Le Québec et la France baignent dans un même contexte, les deux sociétés sont devenues moins homogènes et moins égalitaires. Le système scolaire est à trois vitesses, d’affirmer François Dubet, professeur retraité de sociologie à l’Université Bordeaux II et ex-directeur d’études à l’EHESS : « un système… qui place les meilleurs élèves dans les écoles privées et les écoles publiques à projet particulier. Les enfants « ordinaires » pauvres, handicapés ou ayant des difficultés sont repoussés dans les classes dites « ordinaires » des quartiers populaires. Ce système accentue les inégalités… (Cité dans le cahier C6 du Devoir des 20 et 21 octobre 2018 dans un texte intitulé « Parallèles à tracer autour de l’école », par Marco Fortier) ».

La question se pose alors de savoir où sont les problèmes et comment les régler. Pour l’ex-directrice du Devoir, Lise Bissonnette, le système scolaire du primaire à l’université doit être vu comme « une chaîne de montage. Il faut apprendre aux jeunes à comprendre, à penser. Il faut éviter une préoccupation exclusive pour les besoins actuels de l’économie, tout comme l’obsession de faire apprendre les nouvelles technologies. « Aujourd’hui, si les enfants n’ont pas appris le codage et l’anglais à l’âge de cinq ans, ils sont foutus » (cité dans Le Devoir du 27 octobre 2018 dans un texte intitulé « Redéfinir l’école dans nos sociétés multiculturelles [Environnement, éducation et laïcité], par Lisa-Marie Gervais). Pour Lise Bissonnette, il ne faut pas porter trop d’attention à la pédagogie au détriment du contenu. Il faut en arriver à une formation à l’image des ingénieurs, des médecins et des infirmières. Celle-ci et François Dubet estiment qu’il faut intégrer un contenu essentiel au programme : un « récit commun » permettant de lier les membres de nos sociétés pluriculturelles. Cela s’impose en cette ère d’immigration… (Rapporté dans le cahier C6 du Devoir des 20 et 21 octobre 2018, dans un texte préparé par Marco Fortier) ». L’école doit être inclusive.

Il revient au professeur Normand Baillargeon, de proposer une deuxième commission Parent pour régler la question.

Panel « Que vont chercher les Français au Québec? »

Participants : Nicolas Girard Deltruc, directeur du Festival du nouveau cinéma
Jean-Philippe Warren, professeur de sociologie à l’Université Concordia
Géraldine Martin, directrice de l’entreprenariat au Service du développement économique de la Ville de Montréal
Marie-Jean Meurs, spécialiste de l’intelligence artificielle
Animatrice : Lisa-Marie Gervais, journaliste au Devoir

De g. à d. Lisa-Marie Gervais, Jean-Philippe Warren, Géraldine Martin, Marie-Jean Meurs et Nicolas Girard-Deltruc
De g. à d. Lisa-Marie Gervais, Jean-Philippe Warren, Géraldine Martin, Marie-Jean Meurs et Nicolas Girard-Deltruc
Photo : Gilles Durand, CFQLMC

L’immigration française au Québec est importante. Annabelle Caillou, dans un texte paru dans le cahier C2 du Devoir des 20 et 21 octobre 2018, sous le titre « Quitter la France pour le Québec », s’exprime ainsi : « Chaque année, ils sont plus de 4 000 Français à préparer leurs bagages, à faire leurs adieux et à traverser l’océan Atlantique pour immigrer au Québec. S’ajoutent à ce nombre les détenteurs d’un permis temporaire ou d’un permis vacances-travail, et quelque 10 000 étudiants inscrits dans les universités de la province. » Cependant le Québec n’est pas leur destination principale. Bon nombre se dirige, par ordre décroissant, vers l’Europe, les Amériques, le Proche-Orient et le Moyen-Orient.

La langue commune n’est pas le facteur principal de leur choix du Québec. Les Français viennent pour de plus grandes opportunités d’acquérir de l’expérience professionnelle et de faire carrière. Le Québec est en pleine croissance, le taux de chômage est plus bas qu’en France. Dans l’Hexagone, leur horizon leur paraît bloqué. Quant aux jeunes, ils sont attirés par les études et la recherche. Ils savent qu’ils seront bien servis dans les universités québécoises, contacts plus faciles avec les professeurs, subventions gouvernementales destinées à toutes les universités sans distinction de statut. En France, la situation n’est pas la même : « La France a toujours mis de côté ses universités pour miser sur ses grandes écoles avec cette volonté de former l’élite de la nation », affirme Marie-Jean Meurs (cité par Annabelle Caillou, dans un texte intitulé « Quitter la France pour le Québec paru dans le cahier C2 du Devoir des 20 et 21 octobre 2018). La possibilité d’apprendre l’anglais et de devenir bilingue joue également pour la traversée.

Au Québec, les Français ont le sentiment de partager des valeurs communes. Ils se concentrent surtout à Montréal, leur intégration étant plus facile qu’en région. Les deux quartiers de leur choix sont Le Plateau et Outremont, sans exclure qu’après quelques années, ils peuvent se déplacer à l’intérieur de la ville. Les cercles d’amis jouent un grand rôle dans le support apporté.

Les retours en France ne sont pas impensables. Les motifs peuvent s’expliquer par la non reconnaissance de leurs diplômes ou de leurs compétences, l’impossibilité de se trouver un emploi ou bien encore par la nostalgie de leur terre natale. « Quand la nostalgie embarque, on oublie vite ce qu’on reprochait à la France et on se dit qu’on n’était pas si mal avant », fait remarquer le professeur Jean-Philippe Warren (cité par Annabelle Caillou, ibid.).

champlain vague