A- A A+
jeudi 2 avril 2020

logo cfqlmc

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4

Exposition Louis Hébert et Marie Rollet présentée à la Faculté de pharmacie de l'Université de Lille, jusqu'à l'automne 2019

Hommage à Raymond Gariépy

L’HISTORIEN DES TERRES DE LA CÔTE DE BEAUPRÉ, RAYMOND GARIÉPY, N’EST PLUS.

Raymond Gariépy nous a quittés le 23 janvier 2020 à l’âge de 97 ans.

Né le 24 janvier 1923 à L’Ange-Gardien, l’une des vieilles paroisses de la Côte de Beaupré, il a fait ses études au Petit Séminaire de Québec, puis à l’Université Laval. Comme comptable agréé, il fera carrière au bureau de l’Auditeur de la Province (aujourd’hui le Vérificateur général) à compter de 1946 où il devient Assistant-Auditeur. Dans les années 1970, il a été muté au ministère des Affaires culturelles où il fut sous-ministre adjoint jusqu’à sa retraite tout en ayant été détaché temporairement pour occuper les fonctions de Conservateur par intérim des Archives nationales du Québec après le départ d’André Vachon en 1975.

Travailleur infatigable, il était un homme d’action et de service.

Dans l’action, il y appliquait une grande rigueur, sans doute héritée de sa formation professionnelle. Homme de service, il n’hésitait pas à s’impliquer dans les causes qui lui tenaient à cœur. Ainsi, il a été maire de son village natal de 1985 à 1989.

Il a été membre de la Société historique de Québec et de la Société de généalogie de Québec, dont il a exercé, dans ce dernier cas, les rôles de vice-président, de 1966 à 1968, et de vérificateur bénévole pendant plusieurs années.

Il avait bien conscience de l’importance historique de la Côte de Beaupré où des terres sont concédées dès les années 1640 à des censitaires dont un grand nombre venaient de France.

Dès 1969, il publiait « Le Village du Château-Richer (1640-1870) » à la Société historique de Québec, suivi en 1974, par « Les Seigneuries de Beaupré et de l’Île d’Orléans dans leurs débuts ».

Pendant des années, il consulte, étudie, rassemble les actes notariés translatifs de propriété de chacune des terres de la Côte à partir de la chute Montmorency jusqu’au cap Tourmente. Un travail titanesque qui a donné lieu à quatre publications à la Société de généalogie de Québec:

  • Les terres de L’Ange Gardien, en 1984 (rééditée en 2002);
  • Les terres de Sainte-Anne-de-Beaupré, en 1988;
  • Les terres de Château-Richer (1640-1990), en 1993;
  • Les terres de Saint-Joachim, en 1997.

Rares sont les historiens professionnels ou amateurs qui se sont intéressés à l’histoire des terres, certes difficile et aride, mais pourtant essentielle dans l’étude de nos villes, villages ou régions. Il prenait ainsi le relais de Léon Roy, qui avait publié « Les terres de l’île d’Orléans (1650-1725) » entre 1949 et 1955, de Marcel Trudel avec « Le Terrier du Saint-Laurent en 1663 » en 1973 qui sera suivi éventuellement en 1998 par « Le Terrier du Saint-Laurent en 1673 », et de Guy St-Hilaire avec son « Terrier de Saint-Romuald d’Etchemin, 1652-1962 », paru en 1977.

Il est aussi l’auteur de deux biographies (Louis-Gaspard Dufournel et Joseph Navières) du volume 3 du Dictionnaire biographique du Canada, publié en 1974.

J’ai eu l’honneur et le bonheur de connaître M. Gariépy. En écrivant ce texte, trois épisodes particuliers de nos relations me reviennent en mémoire.

Nous sommes en 1977. Mon collègue Lucien Racine avait reçu en 1958 en don un vieux coffret rempli de documents anciens de la part des propriétaires de la Maison Racine qui autrement, les auraient jetés. Comme ils n’étaient pas en parfait état, Lucien avait hésité à en faire l’inventaire.

Ce soir-là, nous sommes réunis, Lucien, M. Gariépy et moi pour savoir ce qu’il en est. C’est ainsi que nous avons découvert la fameuse lettre du père Ragueneau adressée à Marguerite Martin de Paris le 18 décembre 1669 et de nombreux autres documents datant principalement du Régime français et notamment quatre copies d’actes du notaire Pichet, de l’île d’Orléans, dont le greffe et les originaux ont disparu lors de la Guerre en 1759. L’expertise de M. Gariépy nous fut précieuse, alors qu’il était curieux de voir les documents concernant la terre concédée à Étienne Racine en 1650 à cheval sur la rivière aux Chiens qui sépare Sainte-Anne et Château-Richer.

Il a poursuivi son travail et c’est tout naturellement qu’il a accepté de préparer un texte important sur l’histoire de cette terre particulièrement compliquée afin qu’il soit publié dans le volume 1 de notre Dictionnaire généalogique des familles Racine en Amérique en 1980 (pages 197 à 269).

Par la suite, il retravaillera ce texte, parfois en sollicitant mon aide, qui deviendra les pages 6 à 98 de son volume sur les terres de Sainte-Anne-de-Beaupré.

Enfin, toujours prêt à aider, c’est avec beaucoup de gentillesse qu’il m’avait reçu en 1985, en compagnie de quelques collègues, lors de mes études en administration, alors qu’il était sous-ministre des affaires culturelles, pour nous expliquer le fonctionnement du budget base zéro (ZBB), une méthode d’établissement d’un budget fondée sur la réévaluation des objectifs, obligeant chaque cadre à analyser et justifier en détail chaque activité.

Merci M. Gariépy pour votre patience, votre travail de bénédictin, votre œuvre gigantesque, votre disponibilité et surtout votre amitié et votre confiance. Nous conserverons de vous un grand souvenir.

 

DENIS RACINE, AIG
Coprésident, Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs.
2020-02-01

champlain vague