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dimanche 7 mars 2021

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Exposition Louis Hébert et Marie Rollet présentée à la Faculté de pharmacie de l'Université de Lille, jusqu'à l'automne 2019

memoires vives

Influences métropolitaines sur les jardins en Nouvelle-France

 

par Marie-José FORTIER, Ph. D.
Historienne des jardins

 

Les caractères particuliers des jardins en Nouvelle-France

 

Souvent associés aux jardins médiévaux, les jardins de la Nouvelle-France ont plutôt témoigné du transfert en territoire colonial de pratiques horticoles développées en France, au cours de la Renaissance. Ces espaces allaient graduellement se complexifier et ressembler, au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, à certaines manifestations retracées dans les provinces françaises, elles aussi éloignées, tant dans les formes que les moyens, du jardin classique, apanage des domaines du roi et de la noblesse. Même si le jardin formel s’épanouit en France au cours du XVIIe siècle, et durant une bonne partie du XVIIIe, il est inapproprié de parler de ce style de jardins en Nouvelle-France avant 1725. Après cette date, deux réalisations, le jardin du palais de l’intendant à Québec et celui du marquis de Vaudreuil à Montréal empruntent aux éléments et aux principes du jardin classique français, quoique le second exemple se rapproche davantage du jardin urbain entourant un hôtel particulier. En conséquence, plutôt que de chercher l’influence de Le Nôtre dans les jardins répertoriés en Nouvelle-France, l’inventaire révèle plutôt les dimensions restreintes de la plupart de ces espaces. Rarement les jardins aménagés sont-ils de dimensions importantes et, lorsque c’est le cas, ils s’associent avant tout aux domaines de petite noblesse de campagne, comme c’est le cas chez le gouverneur de Montréal, Claude de Ramezay.

 

plan du jardin du Château de Ramezay

 

 

Les parties constituantes des jardins

 

Lorsque les jardins ont une certaine envergure, trois parties constituantes apparaissent de manière récurrente : la cour ou avant-cour, qui donne accès à la demeure et aux espaces fonctionnels souvent situés sur les marges latérales, telle la basse-cour, le jardin proprement dit, habituellement situé à l’arrière de la maison et comprenant le potager, le parterre et le verger, et un dernier espace à la forme et à l’usage variables et qui répond à des besoins d’agrément. Même si les changements ne sont pas toujours spectaculaires, on perçoit que le jardin évolue. Les formes répertoriées dans les plans des ingénieurs demeurent d’une géométrie simple, mais délaissent néanmoins la disposition répétitive et statique des jardins par l’introduction de parties différenciées. Ils comportent régulièrement des éléments décoratifs occupant un espace central.

 

Les compétences exigées pour la création et l’entretien des jardins

 

Pour prendre forme, le jardin doit pouvoir compter sur un concepteur et une main-d’œuvre capable de l’aménager et de l’entretenir. La présence de jardiniers dans la colonie est peu documentée. À partir de 1668, des actes notariés mentionnent des jardiniers, partie prenante à des contrats1; au XVIIIe siècle, ils sont plus nombreux et mieux organisés. Ainsi, Claude de Ramezay emploie Gervais Chesnon à titre de jardinier alors qu’il occupe le poste de gouverneur de Trois-Rivières2. Ce terme de jardinier « peut tout aussi bien désigner des personnes aux compétences incontestables, que de pauvres diables » comme le souligne Jean-Pierre Bériac dans son étude des jardins bordelais au XVIIIe siècle3. À ces considérations, il ajoute que « le métier ne possède pas réellement d’identité, la plupart de ceux qui l’exercent se confondent dans la multitude des serviteurs auxquels on demande tout à la fois4», ce qui pourrait expliquer leur présence occasionnelle dans les recensements canadiens, alors qu’ils peuvent effectuer au cours de leur vie d’autres métiers. Ce flou entourant la conception et la réalisation des jardins n’est pas une situation propre au Canada. Ainsi, les historiens des jardins en France soulignent la pauvreté des archives à ce sujet : même « Le Nôtre n’a pas laissé de traité autographe ni de mémoires et la plus grande partie de ses dessins ont disparu » et encore « les archives notariales font rarement état d’un plan de le Nôtre5. » Pour ce qui est de la Nouvelle-France, nous pouvons fort heureusement compter sur les nombreux plans réalisés par les ingénieurs du roi et les plans particuliers qui constituent un matériel riche à cet égard.

 

 

1 Par exemple, dans le contrat entre Anne Gasnier (Bourdon) et Jean Bregevin le 27 septembre 1668
2 BAnQ, greffe R. Becquet, Québec).BAnQ, Greffe Louis Chambalon, Québec, 30 octobre 1693.
3 J.-P. BÉRIAC, « Les jardins des Bordelais au XVIIIe siècle » dans Jardins et vergers en Europe occidentale : VIIIe au XVIIIe siècles, Flaran, 1987, p. 183.
4 Ibid.
5 Aurélia ROSTAING, « Les jardins à la française : une auberge espagnole? » dans Monumental, 2001, p. 14.
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